Victime des pesticides, il se convertit au bio
30 juin 2009

Max Coupier, 65 ans, ancien arboriculteur dans les Alpes-de-Haute-Provence: " C’était une sorte de guerre entre producteurs à celui qui avait les plus belles pommes."
Max Coupier, 65 ans, ancien arboriculteur dans les Alpes-de-Haute-Provence, aujourd’hui retraité, s’est converti au bio sur la fin de sa carrière. Il est devenu oléiculteur passionné et tenait un moulin pour l’huile d’olive à Volx. Sans langue de bois, il raconte la "folie de l’utilisation des pesticides" et ce cancer du poumon dont il a été atteint sans que personne ne fasse le lien pour lui.
Pour vous, est-ce qu’il y a eu des dérives dans l’utilisation des pesticides ?
Max Coupier : "Bien sûr, on a agi comme des fous dans l’arboriculture. J’ai commencé à l’âge de 16 ans avec mon père. On traitait à outrance dans ce secteur, poussé par les marques de produits et mal conseillés. C’était une sorte de guerre entre producteurs à celui qui avait les plus belles pommes, les plus belles pêches, la plus grosse récolte. On utilisait les produits sans réelle protection, sans masque. Répandant les produits comme cela, alors qu’il fallait s’enfermer dans la cabine d’un tracteur."
Personnellement, vous en avez subi les méfaits ?
"Oui, j’ai été intoxiqué sérieusement deux fois au Lannate (un insecticide dont la matière active est le méthomyl) en sulfatant les arbres. C’est passé juste. Je m’en suis tiré grâce à une infirmière qui m’a adressé au centre anti-poisons."
Vous avez aussi été victime d’un cancer…
"Oui, un matin je me suis réveillé en crachant du sang. Je ne savais pas ce que j’avais. Ma fille m’a dit d’aller tout de suite faire des examens à la Timone. On m’a trouvé un cancer du poumon. J’ai subi l’ablation d’un lobe il y a sept ans. Aujourd’hui, ça va. Je crois m’en être sorti. Le médecin m’a dit qu’il ne voulait plus me voir. Il reste que personne dans mon milieu professionnel, parmi les médecins qui sont proches des agriculteurs, n’a fait le lien avec ces traitements à outrance sur les arbres. Pourtant, ma tumeur au poumon, elle a bien une origine."
C’est pour cela que vous vous êtes éloigné de l’agriculture intensive ?
"Oui, pour moi, on allait dans le mur. J’en ai tiré des leçons. Je me suis converti à l’oléiculture. Mes arbres, je les ai soignés naturellement. Je suis devenu moulinier. Je suis devenu un vrai passionné de l’huile d’olive bio. Aujourd’hui, on peut parfaitement concilier une activité agricole rentable et la protection de notre santé, celle des consommateurs et de notre environnement. L’agriculteur bio n’est plus un marginal qui bricole dans son coin et n’en vit pas. Cela peut devenir un véritable modèle."
Mais tout le monde a-t-il pris conscience des méfaits des pesticides ?
"Non, même s’il y a eu des progrès, des produits moins agressifs, certains de mes anciens collègues traitent encore beaucoup trop. Je ne mange plus une seule de leurs pommes. Je m’alimente sainement."
Propos recueillis par Philippe Larue
Photo Valérie Farine.
laprovence.com

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