Un livre passionnant de Doan Bui
14 avr 2009
La courageuse journaliste Doan Bui qui vient de publier “Voyage au cœur de la planète de la faim“ fait le point sur la situation sur son blogue au Nouvel Observateur. Ce livre est le fruit de deux ans d’enquête autour de la planète!
La Terre peut-elle nourrir tous ses habitants ? L’année 2008 a commencé sous le signe des "émeutes de la faim", elle se termine sur fond de krach. Débâcle financière qui va immanquablement aggraver la crise alimentaire. Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent ? Ils meurent déjà . Bienvenue dans la planète de la faim. Une planète où les affameurs jouent contre les affamés.
D’un côté, les traders de la City qui jonglent avec les milliards, les pieuvres de l’agrobusiness comme Monsanto ou Cargill, qui prospèrent en ces temps de crise, la Chine qui rachète des terres à tour de bras dans les pays pauvres pour assurer sa sécurité alimentaire. De l’autre, les pêcheurs sénégalais ou les paysans indonésiens expropriés.
(Le 25 septembre dernier, le président de l’Assemblée générale des Nations-Unies, H. E. M. Miguel d’Escoto Brockmann a fait un discours à l’Assemblée générale de l’ONU, dans lequel il dressait le portrait de la situation dans le monde et en particulier de la crise alimentaire. Il a identifié Monsanto comme étant une des entreprises qui ont vu leurs profits augmenter de 45 % pendant la crise alimentaire . Les agrocarburants, et en particulier l’éthanol-maïs et le biodiésel fait à partir de canola (95% OGM au Canada), ont permis à Monsanto de vendre plus de semences OGM pour répondre à la demande.)
Ce livre est un voyage au cœur de la globalisation qui nous met face aux questions les plus inattendues. Comment nos chips sont-elles en train de tuer les orang-outans ? Pourquoi nos voitures brûlent-elles du maïs dans leur réservoir quand tant de ventres crient famine ? Dans le Monopoly de la mondialisation, tous nos destins sont liés.
Critiques
L’agriculture est morte. Vive l’agrobusiness ! Un monde radieusement irradié, avec ses crevettes vietnamiennes low cost élevées dans des bassins où l’on jette des carcasses de voitures rouillées pour améliorer leur teneur en fer. Et ses spéculateurs sans scrupules qui, alors que les ventres de Dakar criaient famine, faisaient patienter les cargos remplis de cargaison de riz au large, au cas où une meilleure offre se présenterait à eux. Business is business. Et celui-là nourrit son homme. Comprendre : ses traders infatués avec leurs comptes planqués aux îles Caïmans. Ou ses multinationales comme Cargill, plus grosse société privée du monde, reine des profits record (4 milliards d’euros de bénéfices) et de l’opacité (la société n’est pas cotée en Bourse).
Des marchés de Dakar aux champs de Djakarta en passant par les serres industrielles de Huelva et une visite inoubliable au siège de l’OMC à Genève, vaisseau aussi creux que le ventre des affamés, c’est une plongée édifiante et fascinante au coeur de la planète de la faim à laquelle nous convie Doan Bui. « Dans notre monde de surplus, la faim n’est pas un sujet médiatique. Elle ennuie. C’est tellement répétitif. » Elle se trompe. Sous sa plume alerte et acérée qui renoue avec cette fameuse subjectivité chère à Tom Wolfe et au nouveau journaliste, la faim devient un sujet passionnant. C’est la seule bonne nouvelle du livre : le grand reportage n’est pas mort, les grands reporters non plus."
Vincent Monnier – Le Nouvel Observateur du 26 février 2009
"Si ses mises en scène personnelles peuvent agacer, l’intérêt que l’auteur porte à ses dizaines de "personnages" fait toute l’originalité du livre. Par exemple, en Indonésie, Amirin, vendeur de tempeh, des galettes à base d’un soja devenu hors de portée, ou la Sénégalaise Kine Mbao, qui transforme les têtes et les viscères de poisson – les filets sont réservés aux pays riches -, mais n’a pas toujours de quoi acheter sa marchandise. De l’autre côté de la barrière, les acteurs sont aussi intéressants : le Chinois Ouyang Riping, qui se lance dans le sésame au Sénégal pour tout exporter dans son pays… Ou Jim Rogers, créateur d’un indice des matières premières qui porte son nom, qui ne croit plus au marché des actions et conseille d’investir dans le blé, la terre et l’eau. Autant d’histoires qui résument les grands enjeux de l’alimentation mondiale." [...]
"Il sera effectivement difficile pour le lecteur, une fois l’ouvrage refermé, de ne plus s’interroger sur l’impact économique, environnemental et social de tel ou tel achat alimentaire." Laetitia Clavreul – Le Monde du 20 février 2009
Hasard de date, la journée mondiale pour l’alimentation, le 16 octobre (nous sommes donc déjà en pleine crise), un milliardaire américain installé à Singapour donnait une conférence à Paris pour expliquer qu’il y avait encore bien du gras à se faire, pourvu que l’on abandonne le marché des actions pour se reporter sur les "Ags" (agricultural commodities) ; entendez la spéculation sur les matières premières alimentaires : les céréales, le sucre, le café… Pas la moindre mauvaise conscience chez ce sympathique business man : signalons-lui que le dernier plat à la mode à Haïti, est la galette de terre sèche, pour tromper la faim. Y a peut-être du blé à se faire, coco ?" Bernard Langlois – Politis du 5 mars 2009
samedi 7 mars 2009 Posté par David Naulin, cdurable.infos
Un livre qui ouvre la conscience alors que selon les spécialistes, il y a assez de nourriture sur la planète pour nourrir 9 milliards d’êtres humains…
Lise Jacques

4 Responses
2009 avr 15
[...] leurs propres pratiques“. En français, la courageuse journaliste Doan Bui qui vient de publier “Voyage au coeur de la planète de la faim“ fait un point sur la situation sur son [...]
2009 avr 15
Merci!
2009 juil 23
pourquoi les paysans jouent-ils le jeu ? ils doivent bien en retirer quelque chose non ?
2009 juil 23
pourquoi, au Sénégal ou DTE fait produire du Sésame à destination de la Chine, les paysans jouent-ils le jeu ? ils doivent bien en retirer quelque chose, non ?