Mâles en Péril! Un documentaire à voir

 

Diminution spectaculaire de la qualité et du nombre de spermatozoïdes (- 50 % en cinquante ans), explosion des cancers du testicule (multipliés par quatre en soixante ans), augmentation des malformations génitales du petit garçon à la naissance (non-descente des testicules, pénis de petite taille)… : notre capacité à nous reproduire serait-elle menacée ? Et pourquoi ? À partir de résultats scientifiques éloquents et d’entretiens avec des chercheurs, le film "Les Mâles en péril" enquête sur cette tendance potentiellement aussi inquiétante que le réchauffement planétaire.

Mâles en péril : une enquête exceptionnelle (Prix Europa 2008) sur les composants chimiques qui menacent notre santé

« Les problèmes de l’appareil reproducteur masculin sont aujourd’hui potentiellement aussi graves que le réchauffement climatique. » Niels SKAKKEBAEK directeur de recherches, Hôpital universitaire de Copenhague, Danemark.

Aujourd’hui, du Danemark aux États-Unis en passant par la France, les scientifiques s’accordent pour attribuer à cette tendance mondiale une origine commune : des substances chimiques qui envahissent notre environnement et perturbent notre système endocrinien. Des études rigoureuses attestent que ces perturbateurs endocriniens ont des effets très néfastes sur le système reproductif masculin. On savait que les perturbateurs endocriniens, présents dans les pesticides, étaient responsables de la "féminisation" de nombreuses espèces sauvages (alligators, batraciens, poissons, oiseaux…). Il est aujourd’hui démontré que les êtres humains n’échappent pas au phénomène. Au premier rang des molécules incriminées, le bisphénol A et les phtalates, omniprésents dans notre quotidien : assouplissants du plastique, fixateurs de parfums, cosmétiques, meubles, emballages alimentaires, PVC, jouets, tee-shirts…

Mâles en péril sur Arte

Après avoir vu le documentaire  Mâles en Péril beaucoup d’entre vous se poseront des questions concernant les phtalates.

Je vous invite à lire le  livre de Stephane Horel– La grande invasion –  si voulez en savoir plus sur la questions des polluants chimiques, des perturbateurs endocriniens, et des risques qu’ils présentent pour la santé. Pour vous mettre en appétit, vous pouvez consulter ici le sommaire.

En attendant, voilà quelques repères sur cette question. Vous trouverez plus bas une liste des produits pouvant contenir des phtalates.

Les phtalates sont des ingrédients chimiques qui servent de plastifiants et rendent la matière flexible. Il en existe une dizaine, plus souvent désignés sous leurs noms abrégés que par leur dénomination complète : DEHP (plutôt que diéthylhexyl phtalate), DBP, BBP, DIDP ou encore DINP. Une complexité qui n’aide certainement pas le grand public à s’y retrouver. Pratiquement tous les produits en PVC en contiennent. La matière plastique d’un rideau de douche, par exemple, peut contenir jusqu’à 40 % de phtalates. Il y en a dans les jouets. Les cosmétiques en contiennent, mais inutile de décrypter le liste des composants : ils n’y figurent jamais. Amateurs de sexe accessorisé, sachez que les godemichés, vibromasseurs et autres sex toys peuvent contenir jusqu’à 70% de phtalates. C’est l’équipe néerlandaise de Greenpeace qui l’a découvert en 2006.

 

Presque 100 % des 2 540 Américains testés par les Centers for Disease Control (CDC) ont les métabolites de plusieurs phtalates dans leurs urines [1]. Ce qui signifie que l’exposition des humains aux phtalates est continuelle. Ils sont détectables dans le sang, l’urine, le lait maternel, le liquide amniotique, le cordon ombilical.

Chez les rats de laboratoire, une exposition in utero aux phtalates provoque une masculinisation incomplète. ( ce que nous pouvons constater en visionnant le documentaire Homo Toxicus) Cet effet possède ce que l’on appelle des “marqueurs” physiologiques. Parmi ces marqueurs : la distance entre l’anus et la base du scrotum, censée être deux fois plus importante chez les mâles que chez les femelles, humains compris, est diminuée. En laboratoire, on considère donc la « distance ano-génitale » comme un critère anatomique de l’exposition aux phtalates. Je vous vois sourire, c’est bien naturel. Mais ça ne va pas durer. Car c’est d’abord chez les rongeurs que cette anomalie a été repérée. Et c’est ensuite qu’elle a été remarquée chez les humains.

 

Chercheuse au département d’obstétrique et de gynécologie à l’université de Rochester, aux États-Unis, Shanna Swan a réalisé une grande étude sur l’exposition des bébés aux phtalates. Elle a examiné 134 petits garçons âgés de 2 à 36 mois, mesuré leur distance ano-génitale, envoyé leurs échantillons d’urine aux CDC. Non seulement aucun bébé ne semble pouvoir venir au monde sans être déjà chargé de phtalates (95% des nouveaux-nés), mais ceux qui présentaient une distance ano-génitale réduite et une descente incomplète des testicules (cryptorchidie) avaient nettement plus de phtalates dans les urines. Plus inquiétant : la concentration médiane de ces phtalates se situait en dessous de celle que l’on détecte habituellement chez un quart des femmes américaines [2]. Ah, et puis il y a tout juste un mois, la même chercheuse publiait un nouvel article dans lequel elle expliquait avoir également  constaté une légère diminution de la taille du pénis chez ces bébés [3]. Là, vous ne rigolez plus du tout.

À quand l’interdiction des substances suspectes au nom du principe de précaution et l’analyse des interactions qu’elles produisent ? Aux alertes scientifiques, les puissants lobbies industriels opposent une prétendue maîtrise des risques encourus. En 2006, un tournant a pourtant eu lieu avec l’adoption par l’Union européenne de la directive Reach, qui oblige les industriels à prouver l’innocuité de leurs produits. Reste à l’appliquer. C’est aussi cette longue bataille pour remettre de l’ordre dans la "grande foire des aberrations sexuelles qu’est devenue la nature" que chronique ce film, remarquablement documenté.

Mâles en péril, documentaire inédit de Sylvie Gilman et de Thierry de Lestrade (82 minutes).

Références :

[1]Silva MJ et al. « Urinary levels of seven phthalate metabolites in the U.S. population from the National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) 1999-2000 », Environ Health Perspect. 2004 Mar ; 112(3) : 331-8.

[2]Swan SH et al. « Decrease in anogenital distance among male infants with prenatal phthalate exposure ». Environ Health Perspect. 2005 Aug ; 113(8) : 1056-61.

[3]Swan SH. “Environmental phthalate exposure in relation to reproductive outcomes and other health endpoints in humans”. Environ Res. 2008 Oct;108(2):177-84.

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