Une histoire à faire réfléchir…

Le combat d’un éleveur de porcs pour produire bio

André Flageul, éleveur de cochons bio à Plumieux, mène un véritable combat depuis 1974 : peste porcine, maladie d'Aujezky, mélamine et pesticides n'ont pas épargné son cheptel. : Philippe RenaultAndré Flageul, éleveur de cochons bio à Plumieux, mène un véritable combat depuis 1974 : peste porcine, maladie d’Aujezky, mélamine et pesticides n’ont pas épargné son cheptel. : Philippe Renault

André Flageul, 60 ans, élève des cochons à Plumieux, depuis 1974. Face à la peste porcine, la mélamine, les pesticides indésirables… il raconte les contraintes que lui impose son choix de produire différemment.

En 1974, je reprends la ferme familiale à Plumieux, en choisissant de produire du porc, dans une démarche de développement durable. Je démarre avec soixante truies en privilégiant la liaison au sol : j’achète un cinquième de l’aliment pour mes cochons et produis le reste. C’est un système naturel et économe, dans lequel on utilise les fumiers et lisiers dans les cultures. Pour nourrir mes cochons, je mélange maïs, céréales et protéagineux que je fais pousser.

Dès le début, nous sommes bien acceptés par nos collègues, mais certains responsables de la filière porcine nous considèrent comme des marginaux. C’est pourtant par respect de l’environnement et par volonté de produire de la qualité que nous avons fait ce choix, avec mon épouse Yvonne. Parce que c’est synonyme d’autonomie, donc de valeur ajoutée pour le consommateur. Dès la fin des années 70, nous avons les meilleurs résultats nationaux de la profession.

En mars 1983, je fais vacciner mes cochons avec le vaccin Aujiffa, pour les protéger de la maladie d’Aujezky, qui touche le système nerveux et les méninges des bêtes. Il contient accidentellement le virus de la peste porcine : anéanti, mon cheptel est abattu. Je fais un infarctus et mets quatre ans à reconstituer mon élevage : je viens juste de m’en remettre financièrement. Mon beau-frère, victime des mêmes problèmes à Saint-Maudan, a fait une dépression et s’est immolé par le feu, en 1989.

Précarité et résistance

Malgré 25 ans de précarité et de résistance, je suis toujours resté optimiste. Le 31 octobre 1991, patatras : la majorité des verrats (porcs mâles reproducteurs) du centre d’insémination de Saint-Gilles, près de Rennes, est contaminée par la maladie d’Aujezky. Mon élevage est infecté jusqu’en 2000 : je m’en suis sorti grâce à la liaison au sol. J’ai ensuite été arrêté pendant trois ans après un accident de voiture.

Je me convertis alors au bio, démarche logique comme je produis déjà durable depuis vingt-cinq ans. Certifié en 2003, je renoue dès 2008 avec mes bons résultats. Mais en juillet dernier, rebelote : le soja « bio » chinois commercialisé par Terrena contient de la mélamine et des pesticides ! Préjudice : environ 120 000 €. Je suis le seul éleveur de porcs bio touché en Bretagne et je pense qu’aller chercher du soja en Chine représente une dérive.

En contact avec cet aliment, je fais plusieurs malaises. C’est comme si j’avais pris quinze ans d’un coup : grosse fatigue musculaire, maux de tête, troubles auditifs et visuels. Maintenant, ça va mieux. Mais ça fait presque un an que je n’ai pas produit de porcelets. Ma ferme est en péril.

Depuis trente ans, avec un soutien sans faille de ma banque, j’ai prouvé qu’à côté des élevages intensifs, il y a la place pour des projets plus modestes, autonomes et qualitatifs. Je veux assainir mon élevage et montrer aux jeunes paysans qu’il existe une alternative : concilier vocation, qualité de vie et valeur ajoutée agricole. 

Recueilli par Pierre FONTANIER. dans Ouest-France