« Les OGM, une culture dictatoriale »

Christian Vélot. Maître de conférences en génétique moléculaire, membre du CRIIGEN (comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), auteur de OGM, tout s’explique, éditions Goutte de sable

Est-ce qu’on ne mange pas déjà des organismes génétiquement modifiés (OGM), via notamment l’alimentation animale ?

C’est évident. Même si aujourd’hui, aucun OGM n’est cultivé en France, on en importe. La plupart des animaux des élevages intensifs sont nourris avec du tourteau de soja OGM arrivant du continent américain. On mange donc de la viande, du lait ou des œufs OGM, sans qu’il y ait de traçabilité.

Ce n’est pas incohérent d’interdire la culture des plantes OGM quand on les importe ?

C’est que nous disent certains. En gros, à quoi bon interdire la culture puisque nos animaux sont nourris avec. Moi, je considère utile de bloquer les OGM. C’est une culture dictatoriale, puisqu’elle empêche toute coexistence avec des plantes non OGM.

Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour empêcher la dissémination ?

Non, parce que la planète est très loin d’avoir été envahie par les OGM.

Les OGM sont-ils la réponse à la faim dans le monde ?

La faim dans le monde n’est pas un problème de quantité de nourriture. La planète produit assez pour nourrir 12 milliards d’humains, nous sommes 6 milliards et nous avons un milliard de personnes qui souffrent de la faim. La faim dans le monde est un problème de politique agricole mondiale, la réponse n’est ni technologique ni scientifique.

Y a-t-il de « bons » OGM ?

Oui, et on les utilise dans le domaine médical et pharmaceutique, par exemple pour fabriquer de l’insuline, mais c’est parfaitement suivi et contrôlé. Ce n’est pas le cas avec les OGM alimentaires.

Comment le citoyen peut-il se faire une opinion avec des scientifiques qui soutiennent les OGM et d’autres, comme vous ou Gilles-Eric Séralini, qui les dénoncez ?

Pour moi, le scientifique doit faire preuve d’humilité et il a le devoir de douter. Pour lever les doutes, il faut des évaluations, et c’est ce que nous demandons. J’ajoute que les désaccords entre scientifiques me paraissent plutôt comme le signe d’une démocratie qui respire.

Recueilli par Philippe ECALLE. Ouest-France