L’eau du robinet mise à l’index et réponse de David Servan Schreiber à un communiqué

Publié le 24/06/2009 Le Point.frrobinet

Selon une étude menée par David Servan-Schreiber, l’eau du robinet est déconseillée aux personnes atteintes d’un cancer © Xavier De Fenoy /MAXPPP

 

Un communiqué commun au site guérir.fr et au WWF, publié mardi 23 juin, met en avant les effets néfastes liés à la qualité de l’eau sur les personnes affaiblies, notamment quand elles sont atteintes de cancer.

 

Le docteur David Servan-Schreiber, entouré d’un comité de vingt scientifiques et du WWF-France, a entrepris une étude portant sur les risques éventuels liés à la qualité de l’eau du robinet pour les malades du cancer. Ayant pour objectif d’établir un état des lieux, l’étude vise également à prévenir les personnes fragilisées ; car, sans être alarmiste, le résultat reste préoccupant. Elle souligne notamment certaines inégalités territoriales et financières en matière de qualité de l’eau. Aussi, dans le texte, est-il conseillé "aux personnes malades du cancer ou qui sont passées par la maladie de ne boire quotidiennement de l’eau du robinet que si elles sont sûres de sa qualité et, sinon, de s’équiper d’un filtre de qualité, ou de boire de l’eau en bouteille".

 

Michel Marty, président d’Eurocancer, ne semble pas d’accord sur un point : les personnes qui ont été atteintes d’un cancer ne courent aucun danger. Il souligne que "les seules données validées qui puissent nuire à leur santé sont le tabac et l’alcool". Pour le reste, selon le professeur Marty, rien n’est nouveau : "La présence de pesticides ou autres dans l’eau est un phénomène connu par tout le monde, c’est la raison pour laquelle effectivement, il a toujours été déconseillé aux malades, aux nourrissons et aux femmes enceintes, de boire de l’eau du robinet de mauvaise qualité."

La qualité de l’eau varie selon les régions

"Bien que l’eau du robinet soit en général de bonne qualité en France, celle-ci peut varier selon les régions et selon les périodes de l’année, et notamment en raison de l’activité agricole", explique David Servan-Schreiber. Il semblerait que les problèmes de la qualité de l’eau soient bien antérieurs à cette étude. En 2005 déjà, un bilan du ministère de la Santé avait relevé, chez plus de 5 millions de Français, une présence d’engrais excédant les normes de qualité reconnues.

L’eau du robinet provient des nappes phréatiques ou des rivières, comment se fait-il qu’on y retrouve du nitrate et des pesticides ? La réponse est simple. Il est principalement question de financement. Les grandes villes trouvent facilement les moyens de payer des stations de traitement de l’eau – telles Veolia, Suez ou autres – qui mettent en œuvre des techniques pour éliminer les bactéries, les nitrates ou pesticides. Seulement, les petites communes ne peuvent se permettre de telles aides. La seule mesure qui leur soit accessible : la protection de la zone de captage, puisqu’elle est prise en charge automatiquement par la commune.

L’eau des nappes phréatiques et des rivières contaminée à plus de 65 %

Autre problème apparent : la France est la quatrième plus grande consommatrice de pesticides au monde, malgré la relative modestie de son territoire. De fait, l’eau des nappes phréatiques et des rivières se retrouve à plus de 65 % contaminée, ce qui complique fortement le processus. Cyrille Deshayes, responsable du programme "Eaux douces" de WWF-France, accuse timidement "certains agriculteurs d’utiliser illégalement des molécules toxiques – certains types de pesticides – qui finissent par empoisonner l’eau". En bref, il s’agirait, selon lui, de "fraude". Enfin vient la présence de dérivés médicamenteux. Un phénomène qui déclenche une difficulté autre : celle du traitement des rejets des centres de soins médicaux. Les normes de qualité ne sont pas assez évoluées pour actuellement apporter des solutions.

 
Au vu de ce constat inquiétant, le docteur Servan-Schreiber propose certaines solutions, "réduire au maximum la consommation de pesticides", et "augmenter l’agriculture bio, afin d’aider les zones de captage". Mais cela ne suffit pas. Les solutions doivent pouvoir être à la portée du grand public. Aussi, pour amoindrir les risques, les mairies se doivent-elles d’afficher les résultats de la qualité de l’eau, une information particulièrement bien mise en avant selon le professeur Marty. Si ceux-ci ne sont pas conformes aux normes, les personnes sont invitées à boire de l’eau minérale ou à utiliser des filtres. Dernière recommandation : tester individuellement son eau à l’aide de kits dénommés Secur’eau , sur lesquels les taux des normes sont indiqués. Même si l’alarmisme ne semble pas de mise, les spécialistes appellent à la vigilance. Nécessité d’une vigilance qui, comme le rappelle le président d’Eurocancer, ne date pas d’aujourd’hui. Par Souliane Favennec

david Et maintenant voici plus d,informations sur ce sujet par le Dr Servan-Schreiber, directement de son blog;

Y a-t-il un problème avec l’eau du robinet ?

Lors de mes conférences, sur ce site, dans mes rencontres avec de nombreux patients, on m’a souvent posé la question : « mais n’y a t il pas un problème avec l’eau du robinet? Quelle eau faut il boire si on a un cancer ? » Pour répondre à cette question, j’ai réuni une équipe scientifique autour de guérir.fr qui y travaille depuis plusieurs mois. Nous avons fait le tour de plus de 100 articles publiés dans la littérature scientifique, de nombreux rapports gouvernementaux et ou émanant d’organismes officiels, avons interrogé plus de 40 experts en France, et obtenu le soutien de 20 scientifiques de renom qui se sont engagés autour d’un texte commun. Nous sommes arrivés à une position commune avec le WWF-France qui est très actif sur cette thématique de l’eau. La voici.

Nos conclusions sont simples : Tout comme on doit faire attention à l’eau qu’on donne à un nourrisson, il faut faire attention à l’eau qu’on donne à une personne dont la santé est fragilisée par une maladie comme le cancer.
Si l’eau au robinet est « en moyenne » de bonne qualité en France, des dépassements des normes réglementaires pour les nitrates (engrais agricoles et lisiers) et pesticides sont encore trop fréquents pour qu’on puisse lui faire une confiance aveugle. Il existe aussi de plus en plus de résidus de médicaments dans l’eau qui n’ont rien à y faire. Leurs effets sur la santé humaine ne sont pas mesurés mais ils sont capables de changer le sexe des poissons ou des têtards dans les rivières et leur présence à divers degrés dans l’eau de boisson est préoccupante.
Pour les personnes que cette question interpelle, nous faisons plusieurs recommandations. Les principales sont :
1. De vérifier les taux de nitrates et pesticides au près de leur mairie (la publication des tests est obligatoire)

2. Si ils sont excessifs, de privilégier l’eau en bouteille (en recyclant les bouteilles en plastique) ou d’utiliser des filtres de bonne qualité (en faisant attention de respecter leur délais d’expiration)

3. D’intervenir au niveau des mairies et collectivités locales pour que les zones de captage de l’eau potable de la commune soient protégées, notamment par l’agriculture biologique et le traitement des rejets des centres de soins médicaux.

Tous les détails sont dans notre grand dossier sur l’eau.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires, suggestions et questions. Il y aura encore beaucoup à faire http://www.guerir.fr/Members/david_servan_schreiber/anticancer-1

Eau du robinet : David Servan-Schreiber riposte!

Et j’ajouterais avec raison.

Eau du robinet

Communiqué de l’Académie de Médecine au sujet de l’eau

par David Servan-Schreiber Dernière modification 06/07/2009

L’académie de médecine, l’académie de pharmacie et l’académie de l’eau ont publié un communiqué de presse le 3 juillet qui met en cause les positions prises par le comité scientifique réuni par Guerir.Fr et le WWF-France. Je tenais à vous faire part de nos réponses.

Chères Amies, Chers Amis,

Le 3 juillet, l’Académie de Médecine, l’Académie de Pharmacie, et l’Académie de l’Eau ont fait circuler un communiqué de presse intitulé « Mise au point » au sujet de l’eau et de la santé des personnes atteintes d’un cancer. Je vous laisse le lire pour en constater par vous même la virulence. Le premier paragraphe donne le ton :
"L’Académie nationale de médecine, l’Académie nationale de pharmacie et l’Académie de l’eau
considèrent que les récentes recommandations de consommation sur l’eau potable adressées aux personnes atteintes de
cancer constituent à la fois un déni de la science, un mépris de la médecine et une atteinte au respect des patients."

Serge Orru, Directeur du WWF-France, Annie Sasco, et moi avons répondu à la journaliste du Monde qui nous interrogeait à ce sujet. Son article doit paraitre aujourd’hui.
Je voulais vous faire part de ce communiqué afin que vous ne soyez pas surpris, et aussi vous indiquer les réponses que nous avons faites.

Très amicalement,
– David
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D’abord, il est important de souligner que notre position et celle de ces académies sont en accord sur le fond du problème. Le communiqué des académies reprend effectivement :
1.     le fait qu’il existe en France un problème avec des dépassements des normes réglementaires de plusieurs contaminants de l’eau potable – nitrites et pesticides notamment
2.     que ces dépassements sont inadmissibles et que la situation doit être corrigée
3.     implicitement, le communiqué reconnaît aussi que les personnes dont la santé est fragilisée peuvent être affectées par la présence de contaminations dans l’eau
Les différences profondes de point de vue entre les académies et nous sont les suivantes :
1.     Nous sommes en accord avec le rapport de l’AFSSET sur « cancers et environnement » publié le 2 juillet qui cite spécifiquement le problème des pesticides dans l’eau et demande l’application du principe de précaution qui fait partie de la constitution de la République Française depuis 2005. (voir notre article sur ce site)
Dans leur communiqué les académies se prononcent, elles, contre l’application du principe de précaution dans le domaine des contaminants de l’eau potable (même dans la version limitée que nous prônions : c’est à dire, pour les malades atteints d’un cancer, dans certaines régions, à certaines périodes de l’année).
2.     Les académies nous reprochent d’avoir eu recours au débat public par l’intermédiaire de la presse grand public plutôt que de limiter notre communication à des débats entre scientifiques. Nous faisons valoir que les rapports scientifiques sur la contamination de l’eau en France, sur l’impact des nitrates et des pesticides sur la santé (et sur le cancer en particulier), existent depuis les années 70. Malgré cela, la vente des pesticides en France (4e consommateur mondial) a encore augmenté de 14% en 2008.
Les rapports scientifiques et les débats entre experts sont nécessaires mais ils ne sont pas suffisants.  Nous avons apporté ces informations au grand public et aux patients concernés par le cancer, sans polémique. Nous pensons qu’il appartient à chacun de se faire son idée sur l’importance du principe de précaution. Et que seul le débat public est susceptible de faire changer des pratiques que tous reconnaissent comme inacceptables, notamment l’épandage d’engrais à base de nitrates et de pesticides à proximité des zones de captage d’eau potable.
Nous avons souligné aussi que lorsque certains d’entre nous ont attiré l’attention du public l’année dernière sur le principe de précaution en matière de téléphonie mobile, nous avons fait l’objet des mêmes critiques de la part de l’Académie de Médecine (avec les mêmes mots « démarche marketing »). Dans l’année qui a suivi, les faits scientifiques que nous avions cités ont été largement repris par les institutions, y compris au sein des recommandations du ministère de la santé.

Sur ce sujet voir aussi l’éditorial de N. Kristof, paru dans le New York Times (traduit)