La vie périlleuses des scientifiques face aux OGM

pusztai Il y a 10 ans, le professeur Arpad Pusztai qui travaillait depuis 35 ans au Rowett Institute en Écosse rend public des études sur des rats nourris avec des pommes de terre OGM qui semblent indiquer des problèmes sérieux de santé pour les rats. La faute du professeur Pusztai est d’avoir voulu informer le public de ses recherches. Le professeur Pusztai perdit son emploi du jour au lendemain et son équipement fut confisqué par son institut. Dans une lettre pour marquer le 10e anniversaire de cette affaire, le scientifique nous rappelle qu’il n’existe toujours pas de preuve de l’innocuité des OGM. La réaction démesurée du lobby OGM contre ce scientifique démontre les tactiques d’intimidation auxquelles font face les scientifiques qui remette en question les mythes des OGM.

Déclaration du professeur Pusztai à l’occasion du 10e anniversaire du scandale entourant la sécurité des OGM( publiée sur le site de Greenpeace)

Dix ans ont passé depuis mes 150 secondes de « gloire » à la télévision, et j’ai pensé que mon devoir était de vous dire ce que j’en pense maintenant.  Que je m’adresse ici à vous est tout à fait approprié puisque vous avez rendu un fier service à la population en dévoilant avec force détails les manigances de l’industrie des OGM et de ses défenseurs.

 

Je dois reconnaître avec regret que, malheureusement, peu de choses ont changé en dix ans. Dans une des quelques phrases prononcées pendant ma courte intervention radiophonique de 1998, je réclamais l’instauration de protocoles d’essais permettant de tester les OGM de manière crédible et qui seraient acceptables aux yeux de la majorité des scientifiques et de la population en général. Une décennie a passé et j’attends encore. Au lieu de protocoles valables, nous sommes en présence d’un groupe de scientifiques non élus chargé d’étudier les OGM à l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, et dont les responsabilités envers les consommateurs européens ne sont pas clairement établies; or ce groupe scientifique se porte invariablement garant de tous les produits, que l’industrie biotechnologique essaie de nous faire avaler.

Tous ceux d’entre nous avaient réclamé l’adoption de protocoles de recherche complets et transparents, menés par des chercheurs indépendants, portant sur la sécurité des végétaux transgéniques, notamment ceux utilisés dans l’alimentation. Il ne semble pas y avoir beaucoup d’amélioration de ce côté-là non plus. On a encore affaire à « beaucoup d’opinions, mais peu de données »; il s’est publié moins de trois douzaines d’articles scientifiques révisés par des pairs traitant de la sécurité des aliments transgéniques qu’on peut considérer comme étant véritablement de calibre universitaire; et la majorité de ces articles a été le fait de laboratoires financés par l’industrie. Nous avons plutôt affaire à des individus dans le genre de Tony Trewavas dont les écrits proclament sans preuve l’innocuité des aliments OGM et diffament les environnementalistes, dont Rachel Carson, qui n’est plus de ce monde pour se défendre; notez bien qu’elle n’a pas à contrer les attaques d’une personne aussi insignifiante.

En temps normal, il ne serait pas nécessaire d’accorder beaucoup d’attention à de tels individus qui s’efforcent d’avoir l’air de se porter à la défense de la science véritable, faite selon les règles de l’art, mais nous ne vivons pas à une époque normale.

L’actuelle crise alimentaire a été en grande partie fabriquée artificiellement, les OGM étant impliqués dans son aggravation. Cette crise donne à l’industrie des OGM et à ses combattants l’occasion de prendre le haut du pavé en prétendant faussement que la seule façon de sauver un monde affamé consiste à le nourrir de végétaux génétiquement modifiés; cette prétention trouve peu d’échos parmi les organismes responsables, par exemple chez l’IAASTD.

Les tenants des OGM croient avoir découvert le talon d’Achille des personnes résolues à ne pas consommer d’OGM : ils leur affirment qu’il sera impossible de continuer à nourrir les animaux d’élevage à moins de leur donner des aliments OGM. Grâce à cette astuce peu respectable, ils espèrent introduire les aliments OGM en catimini. N’oubliez pas que tout ce que les animaux ingurgitent, nous finissons par l’absorber indirectement. Chose plutôt inquiétante, il n’existe absolument aucune étude démontrant la sécurité alimentaire de la chair des animaux nourris aux OGM.
Nous ne devons pas sous-estimer l’influence politique et financière de l’industrie transgénique. La plupart des politiciens, par exemple, sont convaincus de l’opportunité d’assurer la réussite économique des OGM sur le marché. Nous devons par conséquent utiliser tous les moyens dont nous disposons pour prouver à la population la superficialité et l’absence de crédibilité entourant les prétentions de l’industrie.

Nous devrons par la suite nous fier au bon sens de la population et espérer qu’elle saura, comme en 1998, ne pas se laisser berner par les fausses déclarations de l’industrie et des gouvernements concernant la soi-disant sécurité d’aliments OGM non testés.
Espérons que lors du 20e anniversaire de ma prestation télévisuelle, je n’aurai pas à rédiger une autre lettre soulignant les dangers des aliments génétiquement modifiés non testés!
Arpad Pustzai

Pas facile d’être simultanément un scientifique en génétique et microbiologie et critique des OGM ! Le chercheur en France, Christian Vélot de l’institut de génétique et microbiologie à l’université d’Orsay (Paris-Sud) l’a appris à ses dépens car il va perdre, à terme, son emploi [Libération, Rue89 – entrevue vidéo]. Comme quoi avoir des opinions scientifiques différentes de celles que les industriels des OGM véhiculent peut-être dangereux ! La science a été fondée sur le principe de transparence et la possibilité de contre-vérification par des pairs provenant de la communauté scientifique. Bref, ce type de chantage à l’emploi n’encourage pas beaucoup les Gilles-Éric Séralini ou les Jean-Jacques Solomon de ce monde.

Pas surprenant dans ce cas que les scientifiques publiquement critiques des OGM soient rares. Même lorsque la plus haute instance scientifique au Canada, la Société royale du Canada, fait des recommandations sur les OGM, elle est largement ignorée par le gouvernement fédéral ou par le gouvernement du Québec. Dans ce contexte est-ce vraiment surprenant que les gens se posent des questions sur la sécurité des OGM ?( propos d’Éric Darier  Greenpeace Canada  que j’endosse)

Lise Jacques